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Tolérance DGFiP sur la facturation électronique : documenter sa bonne foi pour éviter les sanctions

Ni report ni suspension : ce que recouvre vraiment l'approche « bienveillante » de l'administration et comment une TPE ou PME peut constituer un dossier solide
21 septembre 2026 par
Tolérance DGFiP sur la facturation électronique : documenter sa bonne foi pour éviter les sanctions
Nicolas Moreau

Depuis le 1er septembre 2026, la généralisation de la facturation électronique est entrée dans sa phase concrète pour les entreprises assujetties à la TVA. Certaines structures n'étaient pas totalement prêtes à cette échéance, faute de temps, de moyens techniques ou d'un prestataire disponible. Pour ces situations, l'administration a annoncé le 11 juillet 2026 une approche qu'elle qualifie de bienveillante et tolérante, puis publié un guide pratique de démarrage qui en fixe la doctrine. Mais cette tolérance a été précisée avec soin : il ne s'agit ni d'un report de l'obligation, ni d'une suspension des règles. Comprendre cette nuance est essentiel pour toute TPE ou PME encore en cours d'adaptation.

L'enjeu n'est pas théorique. Une entreprise qui pense bénéficier d'un délai supplémentaire alors qu'aucun n'existe s'expose à des conséquences financières. À l'inverse, une entreprise engagée sérieusement dans sa mise en conformité dispose d'arguments concrets pour se protéger, à condition de savoir les conserver et les présenter. Cet article détaille ce que recouvre la tolérance annoncée, en quoi elle diffère d'une dispense, et surtout comment constituer un dossier de bonne foi utilisable.


Une tolérance sur les sanctions, pas un report de l'obligation

L'obligation elle-même n'a pas bougé. Selon economie.gouv.fr, la phase de démarrage de la généralisation de la facturation électronique se fait dans une approche de bienveillance et de tolérance de l'administration à l'égard des entreprises qui rencontrent des difficultés au 1er septembre. La formulation est précise : la tolérance porte sur la manière dont l'administration traitera les difficultés rencontrées au démarrage, non sur le calendrier légal.

Concrètement, cela signifie que le cadre réglementaire s'applique bien depuis le 1er septembre 2026. Les entreprises restent tenues de pouvoir recevoir des factures électroniques et, selon leur catégorie, d'en émettre. Ce que l'administration accepte, c'est de faire preuve de compréhension envers celles qui traversent des difficultés réelles et documentées, sans pour autant leur accorder une exemption.

Cette distinction est capitale. Un report aurait décalé la date d'entrée en vigueur pour tout le monde. Une suspension aurait mis les règles entre parenthèses. Ici, ni l'un ni l'autre : les obligations sont en vigueur, et c'est uniquement l'application des sanctions qui fait l'objet d'une souplesse conditionnée. La condition posée par economie.gouv.fr est claire : l'entreprise doit pouvoir démontrer qu'elle est engagée dans une trajectoire sérieuse de mise en conformité.


Les sanctions concernées : ce que dit précisément le CGI

Pour mesurer l'intérêt de cette tolérance, il faut d'abord séparer deux obligations qui n'entrent pas en vigueur à la même date, et donc deux régimes de sanction distincts. C'est la confusion la plus fréquente, et celle qui fait mal évaluer son risque réel.

La première est l'obligation d'émettre ses factures au format électronique. L'article 1737 III du Code général des impôts prévoit « l'application d'une amende de 50 € par facture, sans que le total des amendes appliquées au titre d'une même année civile puisse être supérieur à 15 000 € » [Légifrance]. Une précision décisive pour une TPE ou une PME : cette obligation d'émission ne la concerne qu'à compter du 1er septembre 2027. Depuis le 1er septembre 2026, elle ne pèse que sur les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire [impots.gouv.fr]. Le guide pratique de démarrage de la DGFiP consacre d'ailleurs une question à ce point : « Un client peut-il m'imposer de lui transmettre une facture électronique alors que mon obligation d'émission ne commence qu'en 2027 ? » [DGFiP]. Autrement dit, l'amende de 50 euros par facture n'est pas, aujourd'hui, le risque qui pèse sur une petite structure.

La seconde est l'obligation de pouvoir recevoir ses factures électroniques via une plateforme agréée. Celle-ci s'applique à toutes les entreprises assujetties à la TVA depuis le 1er septembre 2026, comme nous l'avons détaillé dans notre article sur l'entrée en vigueur de l'obligation de réception. C'est donc le seul des deux volets auquel une TPE ou une PME est exposée à ce jour. Son régime de sanction est aussi le plus progressif : l'article 1737 IV bis du CGI impose à l'administration de mettre l'assujetti en demeure de se conformer « dans un délai de trois mois » avant toute amende, puis, en cas de persistance, une amende de 500 euros, portée à 1 000 euros après une nouvelle mise en demeure et renouvelable [Légifrance]. La DGFiP le confirme dans son guide : « Pour l'obligation de recourir à une plateforme agréée en réception, le texte prévoit en outre une mise en demeure de se conformer dans un délai de trois mois avant toute application de l'amende prévue en cas de persistance du manquement » [DGFiP].

Ce délai de mise en demeure constitue, en lui-même, une soupape prévue par le texte : l'entreprise avertie dispose d'un temps défini pour régulariser sa situation avant toute pénalité. Un troisième volet, enfin, concerne les entreprises soumises à la transmission de données de transaction et de paiement : ce manquement relève du régime de l'article 1788 D du CGI [DGFiP]. Nous avons consacré un article à ce volet e-reporting, et un autre au détail des montants introduits par la loi de finances 2026.


Bonne foi ou dispense : deux notions à ne pas confondre

Une dispense libérerait l'entreprise de son obligation. La bonne foi, elle, ne dispense de rien : elle permet de démontrer que le manquement n'est pas le fruit d'une négligence ou d'un refus, mais d'une difficulté rencontrée alors que l'entreprise agissait pour se mettre en règle.

Cette différence a des conséquences pratiques immédiates. Une entreprise ne peut pas se contenter d'attendre en invoquant la tolérance annoncée. Elle doit au contraire pouvoir prouver un mouvement, une intention concrète et des actes. La tolérance récompense l'effort, pas l'inaction.

Il faut aussi garder à l'esprit que la bonne foi s'apprécie au cas par cas. Ce n'est pas un statut que l'on obtient à l'avance, mais un ensemble d'éléments qui, réunis, permettent à l'administration d'apprécier la situation avec compréhension. D'où l'importance de constituer, dès maintenant, une trace organisée de ses démarches.


Constituer un dossier de bonne foi : la méthode pratique

Documenter sa bonne foi consiste à rassembler des preuves objectives et datées de la trajectoire de mise en conformité. Inutile de deviner ce qui sera attendu : la DGFiP répond directement à la question dans son guide pratique de démarrage. « L'entreprise doit conserver les éléments permettant de comprendre la situation rencontrée et de démontrer sa bonne foi. Cette documentation est particulièrement importante pendant la phase de démarrage », écrit-elle, avant d'énumérer les pièces utiles : « la facture reçue, des documents commerciaux associés, des échanges avec le fournisseur, la plateforme, l'éditeur, l'expert-comptable ou le prestataire concerné, des preuves d'incident ou de rejet, ainsi que des éléments permettant d'éviter les doublons en cas de régularisation ultérieure » [DGFiP].

L'administration précise aussi l'esprit de la démarche : « L'objectif n'est pas de créer une charge administrative supplémentaire. Il s'agit de pouvoir démontrer, en cas de demande de l'administration, que l'entreprise n'a pas ignoré ses obligations » [DGFiP]. En pratique, pour une TPE ou une PME, cette liste se traduit par quelques catégories simples à conserver de manière structurée :

  • Les échanges avec un prestataire ou un intégrateur : devis, propositions, courriels de planification de projet, comptes rendus de réunion. Ils attestent qu'une démarche a été engagée avec une date identifiable.
  • Les tentatives d'inscription ou de raccordement à une plateforme agréée : accusés de réception, captures d'écran, correspondances confirmant l'ouverture d'un compte ou la désignation d'une plateforme pour la réception.
  • Les échanges avec la plateforme choisie en cas de difficulté technique : signalements de problème, tickets de support, réponses reçues. Ils montrent que l'entreprise n'est pas restée passive face à un blocage.
  • Les preuves de commande ou de paramétrage de l'outil de gestion : bons de commande, factures d'un logiciel de facturation ou d'un ERP, plannings de déploiement.
  • Les décisions internes datées : validation d'un budget, désignation d'un référent, calendrier de bascule prévu. Ces éléments matérialisent une organisation, pas une improvisation.

L'objectif est de pouvoir reconstituer une chronologie cohérente : l'entreprise a pris connaissance de l'obligation, a lancé des démarches, a rencontré telle difficulté, et a agi pour la surmonter. Plus cette chronologie est précise et documentée, plus elle est convaincante.

Un point d'attention concerne la réception. Comme le rappelle Légifrance, une mise en demeure ouvre un délai de trois mois pour se conformer. Si votre entreprise reçoit un tel courrier, il devient prioritaire d'y répondre par des actes concrets dans ce délai et d'en conserver la preuve, car c'est précisément là que se joue la régularisation.


Transformer la contrainte en projet maîtrisé

Au-delà de la protection immédiate, cette période invite les TPE et PME à traiter la facturation électronique comme un véritable projet, et non comme une formalité de dernière minute. Choisir une plateforme, adapter son outil de gestion, former les équipes et fiabiliser ses données clients sont autant d'étapes qui prennent du temps. Nous avons décrit ce chantier de préparation dans un article dédié à la réception des factures électroniques.

Les solutions de gestion intégrée peuvent aider à structurer cette bascule, en centralisant l'émission et la réception des factures dans un flux cohérent. Mais quel que soit l'outil retenu, la logique reste la même : avancer par étapes documentées plutôt que d'attendre. Chaque action réalisée aujourd'hui alimente le dossier de bonne foi et rapproche l'entreprise de la conformité effective.

La tolérance annoncée par l'administration n'est donc pas un signal d'attente, mais une reconnaissance des difficultés réelles pour celles qui agissent. Elle profite aux entreprises capables de montrer qu'elles se sont mises en mouvement. Conserver ses traces, formaliser ses démarches et répondre sans délai à toute mise en demeure constituent, ensemble, la meilleure protection face au régime de sanctions désormais en vigueur.

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